LES PUCERONS
1. QU'EST-CE QU'UN PUCERON ?
Le puceron est un petit insecte piqueur-suceur (1 à 4 mm) qui se nourrit de la sève des jeunes pousses. On en compte plus de 4 000 espèces dans le monde, dont plusieurs centaines en France.
- Aspect : corps mou en forme de poire, vert, noir, gris, rose ou jaune selon l'espèce. Certains sont couverts d'une cire cotonneuse (puceron lanigère).
- Signe distinctif : deux petits tubes (cornicules) à l'arrière de l'abdomen.
- Formes : sans ailes en colonie, puis ailés quand la colonie devient trop dense ou que la plante s'épuise. C'est ainsi qu'ils colonisent d'autres arbres.
- Reproduction : au printemps et en été, les femelles se reproduisent sans mâle et donnent naissance à des larves vivantes. Une génération prend 7 à 10 jours : une colonie peut exploser en deux semaines.
- Hiver : la plupart passent l'hiver sous forme d'œufs collés aux bourgeons et dans les fissures de l'écorce.
2. RECONNAÎTRE UNE INFESTATION
On repère les pucerons en regardant l'extrémité des pousses et le revers des jeunes feuilles, où ils se regroupent.
- Feuilles enroulées, cloquées ou déformées : piqûres répétées sur les tissus jeunes.
- Feuilles collantes et brillantes (miellat) : les pucerons rejettent le sucre en excès de la sève.
- Dépôt noir poudreux sur les feuilles : fumagine, un champignon qui pousse sur le miellat et gêne la photosynthèse.
- Va-et-vient de fourmis sur le tronc : les fourmis « élèvent » les pucerons pour leur miellat et les protègent.
- Petites peaux blanches sur les feuilles : mues des larves, la colonie est active.
- Pousses qui stagnent, bourgeons avortés : infestation installée, arbre affaibli.
- Amas cotonneux blancs sur branches ou racines : puceron lanigère, ou cochenille farineuse (à distinguer).
Espèces fréquentes sur bonsaï :
- Puceron vert : feuillus, fruitiers.
- Puceron noir : érables, fruitiers, fusain.
- Puceron lanigère : pommiers, pyracantha, pins, mélèzes.
- Puceron du pin et de l'épicéa : brun-gris, sur les aiguilles et jeunes chandelles.
- Puceron des racines : visible au rempotage, amas blanc cireux.
3. ESSENCES EXPOSÉES ET PÉRIODES À RISQUE
Le risque culmine d'avril à juin, quand les pousses tendres démarrent, avec un second pic possible en septembre. En intérieur, l'air sec et chaud permet des attaques toute l'année.
- Érables (palmatum, trident) – risque élevé : pucerons verts et noirs sur les pousses de printemps.
- Fruitiers (pommier, cerisier, prunus) – risque élevé : feuilles enroulées, puceron lanigère sur pommier.
- Pins, mélèzes, épicéas – risque moyen à élevé : colonies discrètes entre les aiguilles, lanigère fréquent.
- Ormes, zelkova, charmes – risque moyen : surtout après une fertilisation azotée forte.
- Ficus, Carmona, Faux Poivrier, Serissa (intérieur) – risque moyen : toute l'année, favorisé par l'air sec.
- Genévriers, ifs – risque faible : plus sensibles aux cochenilles et aux acariens.
Un arbre stressé, fraîchement rempoté ou trop nourri en azote attire davantage les pucerons.
4. PRÉVENTION
La meilleure défense est un arbre vigoureux et bien nourri. Inspecter le feuillage chaque semaine au printemps.
- Inspecter l'extrémité des pousses et le revers des feuilles une fois par semaine d'avril à juin, à la loupe si besoin.
- Doser l'azote : un excès d'engrais azoté produit des pousses molles recherchées par les pucerons. Privilégier un engrais équilibré.
- Aérer : éclaircir la ramure et espacer les arbres pour éviter l'air confiné.
- Traitement d'hiver pour les bonsais d'extérieur: une huile blanche (paraffinique) en fin d'hiver, avant le débourrement, étouffe les œufs sur les feuillus caducs.
- Barrer la route aux fourmis : bande de glu ou de coton autour du pot ou du tronc, et contrôle des fourmilières dans le substrat.
- Favoriser les auxiliaires : pas d'insecticide à large spectre au jardin, plantes fleuries à proximité pour attirer coccinelles et syrphes.
- Isoler tout nouvel arbre pendant 2 à 3 semaines avant de le rapprocher de la collection.
5. TRAITEMENTS
On commence toujours par la méthode la plus douce et on répète le traitement 2 à 3 fois à 5-7 jours d'intervalle, pour toucher les nouvelles générations.
- Retrait manuel ou jet d'eau (premières colonies) : écraser au doigt ou au coton-tige, ou déloger au jet d'eau en protégeant le substrat.
- Coupe des pousses infestées (colonie concentrée sur quelques rameaux) : tailler et jeter hors du jardin, si la taille est compatible avec le projet de l'arbre.
- Savon noir (infestation légère à moyenne) : Pulvériser sur les colonies, rincer après 24 à 48 h si le produit le nécessite.
- Alcool à 70° au coton-tige (puceron lanigère, zones ciblées) : tamponner les amas cotonneux, sans en mettre sur les jeunes feuilles.
- Auxiliaires : coccinelles, chrysopes (en extérieur ou en serre, dès le début) : lâcher les larves le soir sur les foyers, ne pas traiter en même temps.
- Insecticide homologué : pyréthrines naturelles, huile de colza (infestation forte qui persiste) : respecter la dose de l'étiquette, traiter le soir, hors floraison et hors plein soleil.
Précautions bonsaï : tester tout produit sur un rameau 48 h avant, ne jamais traiter un arbre assoiffé ou en plein soleil, et protéger la mousse et le substrat. Pour les pucerons des racines, rincer la motte et rempoter dans un substrat neuf, dans un pot nettoyé.
6. ERREURS À ÉVITER ET RÉFLEXES CLIENT
Erreurs fréquentes :
- Traiter une seule fois : les œufs et larves survivent, la colonie repart en une semaine.
- Surdoser le savon noir ou le produit : brûlures sur les jeunes feuilles.
- Oublier les fourmis : tant qu'elles protègent la colonie, les pucerons reviennent.
- Relancer l'engrais azoté sur un arbre attaqué : On nourrit les pucerons.
- Confondre avec les cochenilles (fixées, carapace ou coton, immobiles) ou les acariens (toiles fines, feuilles décolorées) : Les traitements diffèrent.
CE QUE VOUS POUVEZ FAIRE :
1. Je regarde le bout des pousses et le dessous des feuilles chaque semaine au printemps.
2. Au premier puceron, je les retire à la main ou au jet d'eau.
3. Si ça revient, savon noir dilué, 3 fois à une semaine d'intervalle.
4. Je surveille les fourmis et je modère l'engrais.
5. Si l'arbre s'affaiblit ou que rien ne marche après 3 semaines, je passe au magasin avec mon bonsaï.



